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Des médecins accusent notre environnement


Jusqu’à présent, c’était surtout les associations qui nous alertaient sur ce qui, dans l’environnement, représente un risque pour notre santé. Aujourd’hui, des médecins commencent sérieusement à s’interroger.

Existe-t-il un lien entre notre environnement et notre santé ? Les 7 et 8 octobre, la question était au cœur du Ier Congrès national sur les pathologies environnementales, organisé à Rouen par l’Union régionale des médecins libéraux de Haute-Normandie. « Il n’est plus possible de faire comme si de rien n’était, souligne le Dr Joël Spiroux, qui est à l’initiative de cette rencontre. Dans ma pratique quotidienne, je suis confronté à une augmentation des allergies, des affections respiratoires, des bronchites chroniques, des bronchiolites chez les nourrissons, des malformations néonatales, des troubles de la fécondité et des cancers. Tous les jours, mes patients me demandent si ce n’est pas à cause de la pollution. » De quoi s’interroger, en effet : en vingt ans, le nombre des allergies a doublé (un enfant sur sept est concerné), le taux de cancers chez les enfants (notamment les leucémies et les tumeurs du cerveau) augmente en moyenne de 1 à 1,5 % par an*, ce qui est colossal, tandis que chez les adultes leur nombre explose sans que meilleur dépistage et vieillissement de la population expliquent entièrement le phénomène. Pour le Pr William Dab, ex-directeur général de la santé (Dgs), si on continue à ne pas vouloir considérer l’impact de notre environnement sur notre état de santé, « c’est notre espérance de vie qui pourrait bien faire un retour en arrière ».

Les principales menaces
L’air. En trente ans, la pollution atmosphérique n’a cessé d’augmenter à cause des voitures. Elle tue environ 30 000 personnes par an avant 65 ans, toutes affections confondues (respiratoires, cardio-vasculaires, cancers...). Des études menées aux Etats-Unis et en Europe sur des populations suivies pendant dix à quinze ans indiquent que, selon les polluants, le risque de développer un cancer du poumon est de l’ordre de 1,10 à 2. Les premiers responsables sont les microparticules et le diesel. Selon l’Institut national de veille sanitaire (Invs), rien qu’en réduisant le taux de microparticules dans l’air on éviterait l’apparition de 2 000 cancers en France tous les ans. Ces polluants sont, en effet, très dangereux car ils pénètrent profondément dans les poumons. Différents travaux montrent également que la pollution est responsable d’aberrations chromosomiques chez les personnes particulièrement exposées, comme les chauffeurs de taxi, les conducteurs de bus, les agents de police. « Le lobby automobile s’en tire à bon compte, on ne peut pas rester sans respirer longtemps », ironise le professeur de santé publique Denis Zmirou-Navier. L’air intérieur est lui aussi incriminé dans l’augmentation de certaines maladies inflammatoires ou allergiques. Il est même souvent plus pollué que l’air extérieur, à cause des solvants contenus dans les peintures, les moquettes, les meubles, les matières plastiques, etc.

Les pesticides. 100 000 tonnes sont déversées sur la France chaque année pour satisfaire les besoins de l’agriculture intensive. On les retrouve dans l’eau, les sols et... dans notre corps. En 1999, à Grenade en Espagne, une étude des biopsies d’enfants décédés habitant en zone rurale a décelé la présence de 1 à 13 pesticides dans leur organisme. Chez nous, les enquêtes montrent qu’on ne détecte aucun pesticide dans 58 % des fruits et légumes que nous mangeons. « Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, explique le professeur Jean-François Narbonne, toxicologue à l’université de Bordeaux I. C’est simplement que le seuil de détection fixé par les autorités sanitaires est très bas. » Nous sommes d’autant moins protégés que les doses admises ne tiennent compte ni des adjuvants qui potentialisent les effets de ces toxiques, ni du fait que les pesticides sont des perturbateurs endocriniens. C’est sans doute de là que vient le principal danger. Surtout pour les enfants. Plusieurs travaux montrent en effet que l’imprégnation prénatale du fœtus par ces produits pourrait être responsable de l’augmentation observée depuis dix ans des malformations génitales chez les petits garçons (cryptorchidie, hypospadie, micropénis...), des troubles de la différenciation sexuelle (pseudo-hermaphrodisme), des retards de croissance intra-utérine, des pubertés précoces... « Je ne dis pas qu’il y a une relation directe de cause à effet, mais il existe une association, c’est sûr, insiste le Pr Charles Sultan, endocrinologue au Chu de Montpellier. Ces produits chimiques sont dotés d’une activité œstrogénique qui mime nos propres hormones, tandis que leur activité androgénique leur permet de s’opposer aux hormones mâles. C’est très préoccupant, car ces perturbateurs pourraient modifier l’expression des gènes. » Autre élément à porter au dossier : une étude de 2004 indique que plus un fœtus est exposé in utero aux pesticides, plus le poids à la naissance est faible. L’action de ces poisons pourrait même se faire sentir à la troisième génération. « Hier, j’ai reçu un garçon de onze ans avec un sein gros comme une mandarine, raconte le docteur Claudine Lecointre, pédiatre à Rouen. Sa mère est secrétaire et son père employé de banque. Ses grands-parents étaient des vendeurs de pesticides. »

Les Ogm. Le risque vient essentiellement du fait qu’ils ne sont pas ou insuffisamment évalués. « 99 % des Ogm actuellement commercialisés contiennent des pesticides, note le professeur Gilles-Eric Séralini, biologiste moléculaire à l’université de Caen et expert en Ogm auprès de l’Union européenne. Ceux qui ont été testés sur des rats - car ce n’est pas obligatoire - l’ont été au mieux sur trois mois, alors qu’il faut normalement deux ans pour évaluer des pesticides. » Les résultats d’une expérimentation sur un maïs transgénique venant d’être autorisé en Europe sont pourtant significatifs : ils révèlent, entre autres, une fréquence plus élevée, chez les rats, des anomalies rénales et hépatiques, ainsi qu’une augmentation de la glycémie et des globules blancs. Curieusement, Monsanto, le plus grand fabricant d’Ogm, avait fait classer cette étude secret-défense. Elle a pu sortir de la confidentialité grâce à l’association Greenpeace, qui a porté plainte contre la firme et a gagné en appel.

Les expositions professionnelles. Selon l’enquête Sumer, menée auprès de 50 000 salariés en 2002 et 2003, 3,5 millions de salariés, parmi lesquels 70 % sont des ouvriers, sont exposés à des agents cancérogènes. S’il en était autrement, 20 000 cancers pourraient être évités chaque année. Malheureusement, les connaissances sur les cancers professionnels sont insuffisantes : « Pour le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), il faut que le lien entre le cancer et la maladie soit évident, sinon le produit n’est pas classé. Il passe à la trappe, regrette le professeur Marcel Goldberg, épidémiologiste à l’Inserm. Les tests sont faits sur des rats, or entre un rat et un homme la différence de sensibilité peut être de l’ordre de 100 000. » Pour mieux protéger les salariés, une nouvelle réglementation, appelée Reach (enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques), est en cours d’élaboration à l’échelon européen : si le projet est adopté tel quel (ce qui n’est pas sûr, compte tenu de la pression exercée à Bruxelles par les industriels), les industries chimiques seront obligées de prouver que toutes les substances qu’elles utilisent sont sans danger pour l’homme et l’environnement. Un progrès considérable : actuellement, seuls 10 % des produits chimiques commercialisés sont évalués.

Les zones d’ombre
Les effets à long terme. Quand on parle des effets de l’environnement sur la santé, la réaction est toujours la même : on ne peut rien prouver. C’est peut-être qu’il faut changer de modèle. « Notre médecine telle qu’elle a été élaborée depuis Pasteur fonctionne très bien, mais elle n’est pas adaptée aux problématiques environnementales. Avec les microbes ou les virus, les maladies se déclarent rapidement, touchent un organe particulier et correspondent à une pathologie bien précise. A une cause correspond un effet, commente Gilles-Eric Séralini. Sauf en cas d’exposition aiguë (Seveso, Bhopal...), où les effets sont immédiats, les produits chimiques auxquels on est exposé à faible dose n’entraînent pas de symptômes particuliers : leurs effets sont diffus et combinés, et touchent des organes différents. Ils agissent à long terme. » Or, tous les spécialistes s’accordent pour dire que notre organisme renferme une multitude de substances toxiques dont les interactions pourraient finir par former un cocktail explosif. Peut-être pas chez tout le monde, mais dans les populations prédisposées. « Les Australiens ont trouvé une relation entre la maladie de Parkinson et les pesticides chez des personnes génétiquement typées, affirme le professeur Narbonne. De même, chez les femmes ayant un gène de susceptibilité spécifique, les cas de cancer du sein sont deux fois plus nombreux quand elles sont exposées à des substances chimiques pendant dix ans. » « Comme on a créé les antibiotiques pour lutter contre les microbes qui s’attaquent à notre système immunitaire, on pourrait mettre au point des médicaments pour contrer les polluants qui s’attaquent à notre messagerie cellulaire. Nous avons plus de 480 gènes qui pourraient jouer ce rôle d’éboueurs de nos cellules. On pourrait s’appuyer sur eux », pense Gilles-Eric Séralini.

L’information. Entre ceux qui disent « tout va bien » et ceux qui disent « tout va mal », difficile de s’y retrouver. D’autant que les études sur le sujet sont encore peu nombreuses en France. « Ce n’est pas à chaque individu de contrôler l’air qu’il respire ou l’eau qu’il boit. Il faut des expertises », insiste William Dab. Il faut surtout qu’elles soient indépendantes, ce qui est loin d’être toujours le cas : à titre d’exemple, la majorité des enquêtes sur les téléphones portables sont financées par les opérateurs. Le bât blesse aussi à l’échelon des autorités sanitaires : en octobre, le directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement a dénoncé le manque d’indépendance de ses experts. « La France a beaucoup d’instances de surveillance, mais parfois on y est juge et partie. Il n’y a ni débat public ni transparence », confirme William Dab. Des scientifiques - indépendants cette fois - essaient pourtant de donner l’alerte, mais ils sont rarement écoutés. Ainsi, le chercheur Henri Pézerat, qui a dénoncé le scandale de l’amiante, a mis des années avant d’être pris au sérieux par les pouvoirs publics. « Ceux qui tirent la sonnette d’alarme sont traités d’allumés, de sectaires, de caractériels. Certains ont même payé de leur carrière », constate le professeur Yves Dupont, directeur du Laboratoire d’analyse socio-anthropologique du risque (Lasar) à Caen.

2/12/2005

< Brigitte Bègue

* Selon le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

A savoir

49 % des Français pensent qu’on ne leur dit pas la vérité sur la santé et l’environnement en matière de pollution atmosphérique, ils sont 59 % quand il s’agit de pesticides et d’Ogm. (Source : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.)

64,8 % des médecins se disent démunis face aux questions de leurs patients sur les effets de l’environnement sur la santé et 48,5 % pensent que les risques sont sérieux. (Source : sondage de l’Union régionale des médecins libéraux de Haute-Normandie.


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